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Catherine Ribeiro: grève de la faim (mai 1979)


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Catherine RIBEIRO pendant sa grève de la faim, face à François MITTERRAND et Jack LANG

En mai 1979, Catherine RIBEIRO avait entamé une grève de la faim pour exiger que la société PHONOGRAM accepte de faire mention, sur la pochette de son disque, de la censure dont elle a été victime et que des négociations sérieuses aient lieu entre le S.F.A (Syndicat Français des Artistes-interprètes) et le S.N.E.P.A. (Syndicat National de l'Edition Phonographique et Audiovisuelle) sur le problème des droits des interprètes.

Un Comité de soutien à Catherine RIBEIRO avait été créé.
Parmi les premiers signataires figuraient :
Yvan DAUTIN, Maxime Le FORESTIER, Colette MAGNY, Roger SIFFER, Jean VASCA, Joan-Pau VERDIER, Francesca SOLLEVILLE, DJURDJURA, Patricio MANNS, Oswaldo RODRIGUEZ, les QUILAPAYUN, Jacques YVART, ZOUC, Françoise MARIE-VIGNE, GLENMOR, Vladimir VISSOTSKI, Odile VERSOIS, Marina VLADY, Guy FOISSY, Raoul SANGLA, Serge MOATI, Denis MANUEL, Jacques SEILER, Paul Le PERSON, François MARTHOURET, Armand MEFFRE, Jacques ECHANTILLON, France DARRY, Vasquez de SOLA, Georges CONCHON, Yvan AUDOUARD, Jean-Pierre CHABROL, Jean WIENER, Bernard LUBAT, Anne et Claude MANCERON, l'association PROSPECTIVECHANSON, Alain KRIVINE, Jacques ATTALI, François MITTERRAND, Yves BOISSET, RUFUS, Catherine ROUVEL, Patrice CHEREAU, Frédéric ROSSIF, Lucien ATTOUN, Sébastien MAROTO (musicien et coauteur des chansons du disque « Jacqueries »), Claude CAGNASSO (arrangeur musical de l'enregistrement) et Michèle PREVERT-BACHELOT (la fille de Jacques Prévert), etc...

SOURCE : FONDATION JEAN JAURES http://ourouk.aamset.com/
 
Commentaire par christian, le 30/12/2007 à 16:32:19 :
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L'ARTICLE DU 11 MAI 1979 DE L'UNITE

AUTEUR : JEAN-PAUL LIEGEOIS

SHOW-BIZ : LA "JACQUERIE" DE CATHERINE RIBEIRO

« VOTRE cause me paraît juste. » C'est en ces termes que François Mitterrand est venu apporter, mardi dernier, 8 mai, son soutien et celui du Parti socialiste à Catherine Ribeiro, gréviste de la faim depuis la veille (1). « Votre cause est tout à fait raisonnable, a-t-il précisé, même si l'acte peut paraître déraisonnable. » Comment une chanteuse en est-elle venue à mettre ainsi en jeu sa santé, qui n'est pas exceptionnelle ?
« Le 29 novembre dernier, raconte Catherine Ribeiro, est sorti mon dernier album consacré à douze chansons de Jacques Prévert et Sébastian Maroto. J'ai intitulé cet album « Jacqueries ». Les ayants droit, en particulier Mme Prévert, sont intervenus auprès de la société Phonogram, un mois et demi plus tard, pour que le titre « Jacqueries »; soit supprimé sur les albums à paraître. La société Phonogram a décidé — sans même me consulter — de leur donner satisfaction. Il s'agit là d'un acte de censure pure et simple, fait au nom de Jacques Prévert, ce qui est un comble. J'ai décidé de transformer mon émotion en action... »
Qui fait parler les morts ?
Catherine Ribeiro a raison : laissons les embaumeurs hypocrites se voiler la face derrière l'icône de Jacques Prévert ; laissons-leur cette imbécile occupation qui consiste à faire parler les morts. Le vrai problème est ailleurs : que le P.-d.g. d'une maison de disques puisse disposer comme il l'entend du titre d'une œuvre est autrement plus grave. Bien sûr, Catherine Ribeiro fait la grève de la faim pour dénoncer l'arbitraire des pratiques de « sa » maison. Elle la fait surtout pour que tous les « M. Phonogram » de France et de Navarre, pour que toute l'édition phonographique révisent leur position sur les contrats. Ces « contrats d'esclavage » dont nous parlions ici même, il y a peu (2). Catherine Ribeiro se bat pour tous les artistes.
Ce qui lui arrive illustre parfaitement l'adage cynique qui est celui du show-business : « Au biz tous les droits, à l'artiste tous les devoirs. » Catherine Ribeiro n'a juridiquement, dans l'état actuel de la loi, aucun droit. « M. Phonogram » a le droit de faire interdire ou changer le titre d'un disque de Catherine Ribeiro. La chanteuse, elle, n'a pas le droit de défendre le titre qu'elle a choisi pour l'œuvre qu'elle a enregistrée. « Tout se passe, commente Catherine, comme si la législation niait que j'aie fait œuvre de création. Car la loi défend les créateurs qu'elle reconnaît : les auteurs, les musiciens. Mais pas moi, pas une interprète. Je ne fais donc pas partie des créateurs, aux termes de la loi. Eh bien ! c'est ce que Je réfute et c'est ce qui doit changer. »
Ce n'est pas la première fois que Phonogram s'arroge des droits exorbitants au préjudice de Catherine Ribeiro. Jusqu'à ce qu'elle enregistre Piaf et Prévert, tous ses albums ont porté l'avertissement des pestiférés : « Les textes de ces chansons n'engagent que leur auteur. » L'auteur étant Catherine Ribeiro, vous l'avez deviné. Ribeiro-auteur n'a donc, en vérité, jamais été mieux traité que Ribeiro-interprète. L'avenir n'est pas plus rosé : « Demain, craint-elle, on m'obligera à enregistrer dans un studio que je n'aurai pas choisi. » L'avenir, c'est aujourd'hui : il existe bien une circulaire émanant de la direction de Phonogram et priant les artistes de ne plus enregistrer, désormais, qu'au studio des Dames. Est-il utile de préciser que ledit studio appartient à Polygram, holding dont fait partie Phonogram ?
Autre hypothèse possible : « Demain, la multinationale qui presse mes disques décidera (pourquoi pas ?) de ne pas sortir un de mes enregistrements. » II est parfaitement exact que l'alinéa 2 de l'article 4 du contrat qui lie Catherine Ribeiro à Phonogram stipule que la société phonographique — et elle seule — décide de mettre ou de ne pas mettre en vente un disque enregistré par l'artiste. Cette clause est l'une des plus iniques qui soient. Et qu'on ne nous dise pas qu'elle n'a jamais été appliquée. Il en existe, au contraire, un célèbre exemple.
Mise au frigo
II y a une dizaine d'années, Johny Stark et Eddy Barclay ont veillé sur la signature de deux contrats qui se ressemblaient comme deux gouttes d'eau : l'un était au nom de Mireille Mathieu, l'autre à celui de Martine Baujoud. Eddy Barclay les a-t-il engagées ensemble pour les mettre en compétition ? On aurait, naïvement, pu le croire. En fait, Barclay avait « raccolé » Baujoud pour mieux l'étouffer : pendant sept ans, une fois enregistrés, ses disques ne sont jamais sortis. Dans le show-biz, on appelle ce genre de pratique une « mise au frigo ».
Le ver dans le fruit, c'est l'article premier de tous les contrats ; celui qui précise que l'artiste « cède à la société la pleine et entière propriété des enregistrements... » A partir de ce premier alinéa, l'artiste n'est plus rien. La société phonographique peut, selon ses humeurs, utiliser ou non les bandes. Non, c'est le « frigo ». Oui, ce peut être le respect de l'œuvre enregistrée. Mais ce peut être aussi son utilisation à n'importe quelle fin. Deux jeunes groupes musicaux l'ont récemment appris à leurs dépens. « Téléphone » et « Star shooter » enregistrent chez Pathé-Marconi. Un jour, par hasard, leur éditeur découvre que Pathé les a réunis sur un 45 tours. Il pose des questions, se renseigne. Sans avoir été prévenus, les deux groupes participaient à une opération publicitaire montée par Pathé et Coca-Cola : lorsqu'on avait réuni une cinquantaine de capsules de Coca, on pouvait les échanger gratuitement contre un disque à choisir entre six. Celui qui réunissait « Téléphone » et « Star shooter » était au nombre des six. Les deux groupes n'ont pu émettre qu'une protestation de principe. Le responsable des « opérations spéciales » de Pathé leur a ri au nez : « Votre autorisation, on s'en fout ; on a tous les droits. »
Une lutte légitime
La situation des artistes français est d'autant plus scandaleuse qu'il existe, au niveau européen, une Convention de Rome, qui reconnaît le droit moral des artistes. Mais la France, évidemment, ne l'a pas signée. « De toute façon, commente Jean Vasca, du Syndicat français des artistes-interprètes, la reconnaissance de ce droit moral serait insuffisante. Ce que nous entendons exiger, c'est que l'interprète touche des droits d'interprète comme l'auteur touche actuellement des droits d'auteur. » Catherine Ribeiro n'entend arrêter sa grève de la faim que si des négociations s'amorcent dans ce sens entre le S.n.e.p.a. (Syndicat national de l'édition phonographique et audio-visuelle) des multinationales et le S.f.a. des artistes. Elle attend aussi que Jacques Caillart, P.-d.g. de Phonogram, revienne sur sa décision…
D'ores et déjà, l'action de Catherine Ribeiro est soutenue par toute la gauche et par tous ceux qui ne veulent pas voir la liberté bafouée à tout propos. Françoise Durand, conseillère communiste de Paris, l'a proclamé : « La lutte de Catherine Ribeiro est tout à fait légitime. « François Mitterrand l'a clairement dit : « Le problème posé par Catherine Ribeiro est un problème qui touche aux libertés, au droit à la création, à la maîtrise d'une profession. Nous avons décidé d'y prendre part à notre façon, par le témoignage public. Nous soutiendrons toutes les initiatives. Nous espérons que nous ne serons pas les seuls. »


La «  Jacquerie » de Catherine Ribeiro n'aurait en effet aucun sens si elle n'était victorieuse, si la liberté n'en profitait pas pour marquer des points. La journée nationale pour la chanson, prévue pour le 12 mai (voir notre rubrique page 31),risque d'être chaude
(1) Elle mène sa grève au Théâtre Essalon-Valverde, 6, rue Pierre-au-Lard, 75004 Paris ; tél. 27846-42. Toute manifestation de solidarité peut être communiquée à cette adresse ou à ce numéro.
(2) Voir nos numéros 330, 331 et 332.

SOURCE : FONDATION JEAN JAURES http://ourouk.aamset.com/
 
Commentaire par christian, le 30/12/2007 à 16:35:14 :
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L'ARTICLE DU 25 MAI 1979 DE L'UNITE

AUTEUR : JEAN-PAUL LIEGEOIS

Catherine Ribeiro a gagné. Après dix jours de grève de la faim, elle a obtenu ce qu'elle voulait : d'une part, la société Phonogram a accepté de faire figurer mention de la « censure », dont la chanteuse s'est estimée victime, sur la pochette du disque où elle chante douze chansons inédites de Jacques Prévert et Sébastian Maroto ; d'autre part, le Syndicat national de l'édition phonographique et audio-visuelle s'est engagé, et ce dès le 21 mai, dans des négociations avec le Syndicat français des artistes-interprètes, d'où devrait sortir un nouveau contrat type qui reconnaîtrait plus de droits aux artistes et des droits de fait aux interprètes. Le Comité de soutien à la grève de la faim de Catherine Ribeiro s'est transformé en Comité de soutien à l'action de Catherine Ribeiro et des interprètes (1) ; il entend veiller à ce qu'aucun des problèmes soulevés par la chanteuse ne soit escamoté.
    Reste à faire passer dans la loi les revendications des interprètes. On peut s'attendre qu'un projet allant dans ce sens soit déposé prochainement sur le bureau de l'Assemblée nationale. Il pourrait ultérieurement servir de modèle au niveau européen. Incontestablement, en une dizaine de jours, Catherine Ribeiro aura beaucoup fait avancer les choses. Et les chanteurs qui ne lui ont pas apporté leur soutien... en profiteront quand même !
    Autre leçon de la grève : Phonogram aurait pu s'épargner le ridicule de céder sans discussion aux volontés de Mme Prévert. Car cette dernière a finalement donné son accord pour le maintien du titre « Jacqueries », à condition qu'il soit précisé que son auteur en est Catherine Ribeiro. Fin ubuesque, donc. Mais que les multinationales du disque ne sont pas près d'oublier !
(1) Secrétariat du Comité : Michel Ruhaut, 64, avenue d'Italie, 75013 Paris. Téléphone : 588-86-55, 588-26-10 et 588-14-19.

SOURCE : FONDATION JEAN JAURES http://ourouk.aamset.com/
 
Commentaire par christian, le 30/12/2007 à 16:36:50 :
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LA REPONSE DE MADAME PREVERT DANS L'UNITE DU 22 JUIN 1979

Une lettre de Mme Prévert
« En vertu du droit de réponse, je vous prie de publier le rectificatif suivant aux articles des 11, 18 et 25 mai dernier : Estimant que la façon dont il a été rendu compte des motifs et des résultats de l'action menée par Catherine Ribeiro a pu faire croire aux lecteurs de « l'Unité » que j'avais une part de responsabilité dans la « censure » dont elle s'est prétendue victime, je tiens à préciser que, si j'ai bien, dans un premier temps, « souhaité » (et non exigé) le retrait, « en cas de nouvelle édition », du titre adopté par la chanteuse pour le disque qu'elle a enregistré sur des textes de Jacques Prévert mis en musique par Sébastian Maroto, c'est finalement à ma demande que la société Phonogram mentionnera sur la pochette du disque — en cas de nouveau tirage — que le titre a été choisi par la chanteuse. Il sera désormais impossible d'attribuer à Jacques Prévert un titre qui n'est pas de lui, et c'est tout ce que je désirais. Je remercie tous les amis, connus et inconnus, qui, en cette occasion, m'ont manifesté leur sympathie, notamment par une lettre ouverte (1). J'espère que « l'Unité » aura à cœur de me rendre pleinement justice en donnant à leurs témoignages un écho suffisant. »
(1) Parmi les premiers signataires : Henri Béhar, Marc Bernard, Roger Blin, Michel Boisrond, André Bourin, Jacques Canetti, Hélène et André Cayatte, Dr Champain, Alain Cuny, Dr Davy, Michel Décaudin, Robert Doisneau, Gérard Fromanger,' René Garguilo, Paul Grimault, Louis Hay, André Heinrich, Izis, Danièle et Arnaud Laster, Raymond Leibovici, Michel Leiris, Mouloudji, Dr Osenat, Fernand Pouey, Roland Rollant, Marthe Romain, Ursula Vian.
Nous sommes ravis d'apprendre, et nos lecteurs le seront sans doute également, que Mme Prévert compte quelques amis. Elle ne doit pas être la seule dans ce cas…
Nous n'avons jamais, dans les colonnes de « l'Unité », réduit l'information aux états d'âme de Mme Prévert. Nous avons posé le seul problème qui nous semblait valoir la peine de l'être : pourquoi les Interprètes ne se verraient-ils pas reconnaître des droits dont les auteurs et les compositeurs jouissent depuis fort longtemps ? C'était justement la question posée par Catherine Ribeiro.

SOURCE : FONDATION JEAN JAURES http://ourouk.aamset.com/
 
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