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Catherine Ribeiro l'ermite de Sedan

Publié par catherine-ribeiro

Haute figure du rock français dans les années 70, Catherine Ribeiro totalise 25 albums et 40 ans de scène. Retour sur un destin unique.

C'est par un message privé sur Facebook que nous sommes entrés en contact
avec Catherine Ribeiro. Celle que la presse appelait la "grande prêtresse de
la chanson française" a répondu très vite. Pour qui a écouté ses disques en
boucle , et l'a vue en concert, aux Bouffes du Nord, à Bobino ou au premier
Printemps de Bourges, cette rencontre s'envisage avec un peu
d'appréhension. Artiste absolue, elle n'a pas la réputation des concessions
faciles. Catherine Ribeiro ne sait pas mentir, et certains n'ont pas
toujours répondu à la confiance qu'elle a pu leur accorder, peut-être par
naïveté. Elle nous prévient d'une timidité qui peut sembler paradoxale vue
l'assurance qu'elle semble avoir. Il ne sera pas possible de la
rencontrer, nous avait-elle dit lors d'un échange de courriels : "Pour des
raisons très intimes, je n'ai pas franchi le pas de porte de mon logement
depuis le 17 décembre 2010". Nous n'irons donc pas à Sedan où elle vit
depuis 1984, elle ne viendra pas non plus à Paris.
> Lorsqu'enfin on entend sa voix au bout du téléphone, au risque de lui
déplaire on veut en savoir plus sur ce retrait du monde: "Je sais, c'est
hallucinant pour quelqu'un qui a fait six fois la fête de l'Humanité devant
120 000 personnes, mais marcher en ville me fait peur". Celle qu'on appelait
"la pasionaria rouge" est une femme de spiritualité. Dans le passé elle fit
des retraites chez les Carmélites, les pères Carmes et les Bénédictines:
"Pour le silence et parvenir à me ressourcer" confesse t-elle. Hindouiste
dans les années 70, elle lit encore chaque jour quelques versets de la
Bhagavad-Gîtâ, et nous en livre un au hasard: "Je suis la force affranchie
du désir et de la passion". Un hasard qui correspond bien à cette
femme/artiste dont le groupe "Alpes" qu'elle forma en 1969 avec le
compositeur Patrice Moullet, accéda au premier rang de la pop musique
française. Des textes puissants servis par une voix grave, violente,
enveloppée de tendresse par ses inflexions et ses harmoniques. La chanteuse
est envoûtante. Elle fit ses premiers pas dans le temple, comme comédienne.
"Les carabiniers" de Jean-Luc Godard demeure dans la mémoire des cinéphiles,
mais elle en parle peu. Sa présence fortuite sur la photo du siècle prise
par Jean-Marie Périer le 12 avril 1966 à 16 heures (Elle tout en haut, entre
Hughes Auffray et Eddy Mitchell) ne fait pas d'elle une chanteuse yé-yé :
" Cela n'évoque rien du tout pour moi" avoue t-elle. La vraie naissance de
Ribeiro, est en octobre 1969: "Je n'ai commencé à vivre, à être vivante que
lorsque je suis montée sur scène." Elle remplira des salles, sera
ovationnée pendant quarante ans. C'est parfois à la bougie qu'elle éclaira
ses concerts: " J'avais lu Gaston Bachelard, mais ce n'est pas la seule
raison à cela. Les groupes anglo-saxons recouraient à une débauche de
lumières et nous, nous avions trois fois rien.Je suis allée au bout de cette
logique". La sécurité s'arrachait les cheveux et menaçait de fermer la
salle, au risque de voir le public risquer de tout casser: "Pour peu qu'un
léger courant d'air n'arrive des coulisses, et les bougies se consumaient
plus vite que prévu. Nous terminions dans le noir". L'artiste déclina par
deux fois la proposition de passer à l'Olympia pendant plusieurs soirs,
parce qu'elle ne voulait pas chanter deux jours de suite: "Ma voix n'aurait
pas tenue, elle n'était pas électrifiée au regard du volume sonore des
musiciens". Cela la priva d'une visibilité, appelons cela une publicité.
Elle refusa de chanter en play- back orchestre à la télévision, parce que
l'on ne voulait pas des musiciens. Elle reconnait à Philippe Bouvard de
l'avoir bien reçue: " Il a été éminemment sympathique et chaleureux à mon
égard". Pas sectaire, mais pas docile, Catherine Ribeiro, se battra pour le
statut des artistes.

Un fan nommé Mitterrand

En mai 1979, elle fait dix jours de grève de la faim
pour exiger que sa maison de disques fasse mention, sur la pochette de son
disque, de la censure dont elle est victime. François Mitterrand vient la
voir avec Jack Lang. Une fois élu président de la République, il ne la
perdra pas de vue, et en 1982, alors qu'elle remplit pendant trois semaines
Bobino, il se glisse discrètement dans la salle.
> Politiquement engagée pour défendre les opprimés, elle ne sera pourtant
jamais encartée. Ribeiro fut initiée à l'histoire de la classe ouvrière à
l'OCI. (Organisation Communiste Internationaliste). C'est Bernard Murat qui
la parraina: " L'ineffable Bernard Murat dit-elle. Il y avait aussi Pierre
Arditi et Nadine Trintignant". Aujourd'hui la politique la passionne
toujours, mais elle avoue avoir voté François Hollande par dépit. La
dernière apparition en public de Catherine Ribeiro à Paris remonte au 11
janvier 2008, devant une salle comble. Des centaines de spectateurs furent
refoulés sur le trottoir du boulevard Voltaire par manque de place .
Était-ce un adieu? " Je ne peux pas l'affirmer aujourd'hui , avoue
Catherine. Cela m'est déjà arrivé, puis un jour l'occasion se représente et
je repars. Je me sens mieux sur scène que dans ma chambre à coucher". Ses
fidèles peuvent être heureux qu'une maison de disque (Mercury Records)
vienne de sortir un coffret de quatre albums. On regrette qu'il n'y ait pas
le premier intitulé "2bis"( le 2bis quai du port à Nogent sur Marne, le lieu où elle répétait avecle groupe). Elle craint que les bandes de cet album de la genèse n'aient été
perdues.

Ribeiro est une icône pour une génération. Certains la rejoignent
sur Facebook: "Cela accompagne ma solitude". Une solitude comblée en partie
par l'écriture d'un roman autobiographique, où elle remonte le temps. Un
temps arrêté depuis la disparition de de son mari Claude Démoulin ancien
maire de Sedan. Elle nous livre quelques pages bouleversantes dans
lesquelles elle s'adresse à lui. Catherine Ribeiro est généreuse par nature,
et se livre en conséquence avec une franchise déconcertante . Il faut sentir
ce qui est du domaine de la confidence et ce qui ne l'est pas. On nous
l'avait bien dit, elle ne sait pas tricher, à nous d'être à la hauteur de sa
vérité.


Jean-Noël Mirande
Voir l'article sur le site du Point :

http://www.lepoint.fr/invites-du-point/jean-noel-mirande/catherine-ribeiro-l-ermite-de-sedan-25-05-2013-1672205_572.phpf